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Nouvelles

Du concret pour la culture et les concerts en salle !

botanique

LE CONTEXTE GENERAL – CONCERTS LIVE

L'activité des concerts en salle a été suspendue dès ce vendredi 13 mars 2020 afin d’endiguer la propagation de la pandémie Covid19. Depuis elle est au point mort et fige l'ensemble d'un secteur culturel qui englobe la création artistique, son suivi professionnel et technique, ainsi que la mobilisation des publics. L'arrêt du processus créatif signifie aussi la mise en pause de tout un secteur économique. Chaque jour montre davantage le souhait, le besoin et la nécessité d’une reprise pleine et rapide de la vie de ce secteur.

Préoccupé·e·s par la situation, nous sommes quelques professionnel·les·s lié·e·s à la scène, à l’émergence artistique ainsi qu’à l'actualité musicale internationale à avoir ressenti le besoin de nous rassembler de façon informelle autour de la question de la reprise concrète des concerts en salle.

Se positionner, dans un contexte qui comporte tant d’inconnues et pour lequel nos convictions et certitudes sont quotidiennement malmenées, est très difficile. Il nous a dès lors paru utile de nous situer dans une dynamique plus complexe, dépassant nos propres préoccupations ou diverses approches évoluent à des rythmes spécifiques et dont les conclusions ne sont parfois pas facilement conciliables.

La dynamique sanitaire, factuelle, qui suit la pandémie Covid 19 et ses statistiques quotidiennes en ajustant des recommandations aux politiques afin de maîtriser la contagion et garantir une prise en charge optimale par le secteur de soins hospitaliers. Le but est de constater le plus rapidement possible la fin de la pandémie pour retrouver une vie normale.

La dynamique politique qui doit adapter, Conseil de Sécurité après Conseil de Sécurité, les règles de comportement en veillant à ajuster au mieux le curseur entre santé publique, avis des experts et réalisme qui appelle la restauration, dès que possible, d'une vie économique et sociale (culturelle).

La dynamique internationale qui nous a très rapidement montré, en matière de tournées de concerts, que l'impact de la pandémie sur les décisions évoluait avec sa progression géographique. Bon nombre de concerts ont ainsi été annulés pour des tournées devenues bancales suite aux restrictions dans divers pays. La même logique détermine l'offre à venir où la perception de « l'après » diffère nettement, que l'on soit basé en Europe, en Australie ou aux Etats-Unis. Par exemple, le business anglo-américain propose encore des dates en automne, mais elles sont accompagnées de dates de "contingence" au printemps 2021.

La dynamique locale en matière de création montre que non seulement les concerts sont au point mort, mais également l'agenda de sorties de disques. On a craint, un moment, que la rentrée ne soit embouteillée par le report des concerts du printemps 2020. On voit maintenant que les projets initialement prévus à la rentrée et dont la gestation se tenait à cette période, sont reportés au printemps prochain. C'est donc l'ensemble de l'agenda qui glisse hors de la zone Covid19. Il reste pourtant primordial pour nos artistes de pouvoir concrétiser dès que possible les reports de dates, fût-ce dans un calendrier distendu.

La dynamique des publics, sa « confiance », évolue presque parallèlement aux courbes et statistiques sanitaires. Si la motivation du public est restée constante à l'annonce de la pandémie, le lockdown a coupé net tout achat de places. Le remboursement pour les concerts déplacés à l'automne ne dépasse actuellement pas 5% (constat rassurant fait au Botanique, un mois après l'annonce des reports de dates) mais l'adhésion à de nouvelles dates ou reports reste très faible. C'est dire qu'on en appelle à une sortie rapide de la pandémie et à une reprise de confiance des publics qui devra notamment se faire via un travail de communication important pour restaurer le désir du partage collectif de musiques live au-delà des appréhensions qui alimentent notre quotidien en ce moment. Des mesures concrètes visibles répondant aux exigences du GEES et bien communiquées devront donc accompagner toute reprise d'activité de concert.

La dynamique des opérateurs, enfin, est celle qui nous occupe plus particulièrement, spécifiquement celle développée par les organisateurs de concerts en salle. Début mars 2020, toute la profession croyait encore que l'orage serait vite passé et n'affecterait pas les agendas au-delà de quelques turbulences... En quelques jours, le baromètre est passé d'une météo sereine, voire optimiste, à la tempête (le point de rupture se situant précisément au jeudi 12 mars, veille du premier Conseil National de Sécurité). On connaît la suite, allant jusqu’à l'annulation des festivals d'été partout en Europe dans les semaines qui ont suivi. Les échéances d'été et les économies à grande échelle ont pressé le pouvoir politique à prendre des décisions claires et radicales permettant aux festivals une sortie collective et d'ainsi amortir quelque peu le choc des retombées de pareilles annulations.

Notre questionnement, aujourd'hui, concerne la pleine reprise de l'activité des concerts. Aucune directive officielle n'étant encore annoncée, en tant qu'opérateur·ice·s, il nous incombe d'ouvrir le débat. Au-delà du silence politique dont on peut comprendre la juste précaution, la profession toute entière, sous pression, attend impatiemment des informations claires. Un retour à la normale est-il envisageable sans qu'il ne soit uniquement tributaire de la mise sur le marché, à large échelle, d'une vaccination efficace contre le coronavirus ? Si il ne nous revient pas en tant qu'opérateur·ice·s de décider de l'agenda et des conditions de cette reprise, nous serions, par contre, irresponsables de ne pas anticiper les choses en préparant activement cette reprise au travers d'un calendrier qui reflète ce que nous pensons possible et ce que nous savons être capables de réaliser.

C'est pourquoi, nous souhaitons proposer ci-dessous des pistes concrètes qui, nous le souhaitons, permettront de retisser rapidement du lien entre les artistes et leurs publics.

 

LE CONTEXTE PARTICULIER - PROPOSITIONS

A l'image du secteur - dont la variété des opérateurs les situent entre lieux subventionnés, producteur·ice·s privé·e·s et gestionnaires de salles de grande capacité - la reprise de l'activité se fera en plusieurs étapes, allant de propositions minimales jusqu'à la reprise pleine des capacités de salles. Seule cette pleine reprise permettra de renouer avec une économie intégrant, outre le soutien public, les recettes propres importantes de billetterie, de bars et autres. L’activation pleine du potentiel d’accueil des lieux permettra de renouer rapidement avec l’actualité internationale dont on sait combien elle accompagne et aussi s’inspire du terreau local.

Au vu des particularités énoncées ci-dessus, il nous semble réaliste de proposer un retour à la normale en passant par trois phases successives : une première période de mise en place, une seconde de mise à l'épreuve avant la troisième permettant le retour à l'activité normale.

Dans chaque phase, les mesures sanitaires nécessaires décrétées par les autorités et en vigueur dans l'ensemble de la vie sociale seront bien évidemment respectées, complétées le cas échéant de mesures spécifiques en lien avec les conventions sectorielles et validées par des Conseils en prévention externes. Dans chacune des nouvelles phases, les mesures et bonnes pratiques de la précédente seront maintenues, sauf décision d’assouplissement du gouvernement.

De plus, dans toutes les situations, il faudra tenir compte de l'expérience complète du concert qui commence à l'arrivée du public aux portes des lieux : billetterie, circulation dans les espaces, accès aux toilettes, au bar, aux vestiaires, etc.

Une autre particularité importante à prendre en compte lorsqu'il s'agit de concerts « debout » : l'irrésistible attraction du bord de scène et l'impossible maintien d'une distance sociale de sécurité. Si diverses étapes basées sur des ratio public/surface sont proposées, notamment par le secteur du théâtre où les salles sont le plus souvent en disposition assise, elle seront difficilement applicables dans des salles pour public debout.

 

PHASAGE

Phase 1 : à partir du 18 mai : Retour progressif des équipes internes sur les lieux de travail.Tout d'abord, le personnel en charge de l’entretien des infrastructures (régie des bâtiments, régie artistique, entretien et sécurité sanitaire). Puis, le personnel administratif.

Cette reprise du travail devra être accompagnée des mesures sanitaires suivantes :

• mise en place des règles d'hygiène et sanitaire appuyées par une communication (note au personnel, affichage) et mise à disposition du savons et gels aux endroits adéquats

• port du masque et obligation de se laver les mains à l’entrée de l’établissement (mise à disposition de gel hydroalcoolique)

• mise à disposition de masques en tissus pour tous les membres du personnel

• le télétravail reste la norme pour ceux dont la nature du travail le permet

• entretien régulier des locaux et postes de travail

• établissement d'un plan de circulation dans le bâtiment afin d'éviter que les personnes ne se croisent et en tout cas que le distanciation physique soit respectée (marquage, règles de priorités)

• interdiction d'utilisation des ascenseurs et en tout cas pas plus d'une personne par ascenseur si l'usage est nécessaire

• mise à disposition de produits désinfectants (lingettes...) pour les travailleurs pour l’entretien éventuel en cas d'usage commun de matériel

• mise à disposition de gants pour la manutention de matériel

• vérification et entretien du bon fonctionnement des systèmes d'aération et de ventilation

• mise à disposition via la médecine du travail d’un contact pour un soutien psycho-social des travailleurs

• privilégier les réunions en visio-conférence et si une réunion en contact physique est nécessaire

• limiter à la présence des personnes vraiment nécessaires, respect de la distanciation physique et limiter la réunion dans le temps

• garantir un affichage des règles élémentaires aux différents endroits stratégiques

• mettre en place une cellule de suivi « mesures covid19 » pour évaluer régulièrement la situation et pouvoir ainsi adapter les mesures si nécessaires

• aménagement des postes de travail pour garantir la distanciation physique

• blocage en position ouvertes des portes qui ne doivent pas rester fermées pour des raisons de sécurité

• prévoir une planification adéquate pour limiter le travail en équipe quand c'est possible

Phase 2 : à partir du 1er juin : Reprise du travail avec des intervenant·e·s extérieur·e·s, incluant artistes et personnel de régie externes.

Cette deuxième phase, débutera le 1er juin, avec la reprise des résidences d'artistes aux alentours du 15 juin.

Pour autant que la situation le permette et avec l'accord des autorités, il est envisageable de tester, en fin de résidence, l'organisation d'un concert pour public restreint selon les normes qui seront autorisées et d'application dans d'autres secteurs comme l’HORECA.

Mesures sanitaires pour le public :

• installation de distributeurs de gel hydroalcoolique à l'entrée de chaque salle d'activité avec information sur l'utilisation obligatoire de ce gel pour l'accès dans la salle

• obligation du port du masque dans l'établissement

• entretien des salles entre chaque utilisation et également du matériel

• pas de vestiaire disponible

• pas de bar ouvert

• plan de circulation de l'accès aux salles pour éviter le croisement des personnes et en tout cas le respect des règle de distanciation physique (marquages, règles de priorité,...)

• pas de partage du matériel entre personnes différentes

• pour le concert restreint, limité au nombre de personnes en fonction du ratio, obligation du port du masque pour le public

• vente des billets par réservation et paiement en ligne ou de manière électronique à la billetterie

Phase 3 : à partir du 1er septembre : Reprise de l'activité publique

Nous voulons être prêts à relancer une activité pleine, selon les conditions et capacités historiques qui ont déterminé les économies de chaque lieux de concerts et qui renvoient le plus souvent aux règlement des Services de Secours et d’Incendie.

Chaque opérateur ajustera évidemment les normes officielles et la mise en place de cette troisième phase en fonction de sa réalité de terrain, en visant une reprise pleine à la meilleure échéance dotée de toutes les autorisations.

Mesures sanitaires pour le public :

• limitation du nombre de personnes selon un ratio à définir en visant l’utilisation pleine qui seule permet une économie viable des concerts.

• information sur l'obligation des règles d’hygiène et mise à disposition de gel hydroalcoolique à l'entrée des salles

• port du masque obligatoire dans les salles pour le public

• entretien approprié ou « approfondi » entre chaque concert

• plan d'accès pour éviter que le public se croise (un chemin pour entrer et un pour sortir) et en tout cas que la distanciation physique soit respectée

• marquage au sol pour soutenir la distanciation physique

• privilégier les paiements électroniques à la billetterie

• mettre en place un scan des billets dans le respect de la distanciation physique

• réglementer l'accès aux toilettes pour garantir le respect de la distanciation physique et prévoir un entretien des toilettes en permanence

• accès aux toilettes devrait être gratuit

• pas de vestiaires disponibles avec information au public

• organisation du bar en fonction des normes admises dans l’HORECA

 

RECOMMANDATIONS - REQUÊTES

Notre groupe de réflexion veut refléter au mieux l’écosystème des musiques actuelles émergentes, celles qui sont soutenues par des politiques culturelles, qui peuvent se développer à la faveur d’un encadrement professionnel fourni par les manager·euse·s, les bookers, les régies artistiques, les labels et maisons de disques et lieux de diffusion et création. Cette étape est indispensable au démarrage et au développement des artistes.

Toute la filière s'accorde pour demander que toutes les démarches de reprise d’activités soient accompagnées de mesures concrètes qui protègent les travailleur·euse·s du secteur (artistes comme régisseur·euse·s), dont la prolongation possible du chômage temporaire pour force majeure. Cette garantie est d'autant plus nécessaire que l'évolution sanitaire peut rapidement nous replonger dans une logique de restrictions.

Dans le même ordre d'idée, nous en appelons à la création d'une plateforme de mutualisation au travers:

• d’une centrale d’achat pour garantir un accès, idéalement gratuit, aux produits et matériel nécessaires

• de la mise en place d'un ‘comité sanitaire’ au niveau du secteur afin de pouvoir d'une part, partager nos expériences et d'autre part, mettre en place des règles communes pour le public qui pourra ainsi mieux les comprendre

• plus largement d’un comité de veille qui peut être rapidement activé pour répondre aux problématiques impondérables, sanitaires (pandémies) et sociétales (attentats) qui peuvent affecter notre secteur d’activité

Les propositions énoncées ci-dessus sont celles d’opérateur·ice·s soucieux·ses de renouer rapidement avec une pleine activité, cet agenda devant forcément être discuté et décidé par le Gouvernement fédéral.

Nous demandons que des perspectives concrètes puissent nous permettre de préparer cette reprise. Une clarification pour les activités sociales et culturelles de proximité et dans des lieux clos est souhaitée pour le 8 juin prochain.

Nous sommes bien conscient·e·s qu’aucune solution ne sera optimale et que le risque zéro n'existe pas, mais nous voulons, en tout cas, croire en l'avenir et le préparer au mieux.

 

Claire Monville (Conseil de la Musique- Vice-Présidente Commission Consultative des Musiques actuelles) Damien Waselle (PIAS Belgique) Fabrice Lamproye (Reflektor – Liège) Fabrice Laurent (Eden – Charleroi) Françoise Gallez (Service Musique – Fédération Wallonie Bruxelles) Frédéric Maréchal (Centre culturel René Magritte – Lessines) Paul-Henri Wauters (Botanique – Bruxelles - Président de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Philippe Degeneffe (MARS – Mons)

Ont souhaité s’associer à la présente proposition :

Alain Lapiower, (Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Bérengère Cornez, (Jeunesses Musicales de Bruxelles - Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Christophe Loyen, (Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Jacques Verhaegen, (Régisseur - Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Jean-Pierre Goffin, (Journaliste musical - Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Jean-Yves Laffineur, (Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Lino Grumiro, (Skinfama- Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles) Pierre Hemptine (PointCulture - Membre de la Commission Consultative des Musiques actuelles)